Le Covid-19 va-t-il tuer les réseaux sociaux ?

Le Covid-19 va-t-il tuer les réseaux sociaux ?

Je me souviens d’un reportage, il y a quelques années, où une jeune femme souffrant d’obésité se rendait chez son médecin. Son problème : ne pas pouvoir résister à une tablette de chocolat. Dès qu’elle en croisait une, elle ne pouvait s’empêcher de la dévorer en entier. Le médecin lui fit alors une étrange prescription : manger du chocolat à tous les repas.

Il établit le menu suivant : au petit-déjeuner, une tablette de chocolat ; au déjeuner, une tablette de chocolat ; au dîner, une tablette de chocolat. Au bout de quelques jours, la jeune femme, fortement déprimée, était totalement dégoûtée par le chocolat. Elle n’y toucha plus.

Addict aux applis

La morale de cette histoire pourrait bien se transposer, dans quelques semaines, à notre rapport aux réseaux sociaux. Car depuis quelques années, on a tendance à passer beaucoup (trop) de temps sur ses écrans, et notamment son smartphone, pour répondre à un message, liker une photo ou raconter sa dernière anecdote du jour. On a mis de côté le plaisir d’être vraiment ensemble, à une terrasse de café, dans son salon pour l’apéro ou sur le banc d’un parc à papoter. Nous avons délibérément créé une distanciation sociale, celle-là même dont on nous rebat les oreilles depuis le début du confinement.

Une issue de secours en ligne

Or c’est précisément ce manque de lien social qui va faire souffrir des milliers d’individus à travers le monde, pendant toute la crise sanitaire que nous traversons. Après les premiers jours de quarantaine, le besoin d’établir un contact avec l’autre va commencer à se faire sentir – en particulier chez les personnes seules. Tout ce qu’il nous reste, ce sont les réseaux sociaux en ligne. On discute sur WhatsApp, on se fait coucou sur Skype, on s’informe sur Twitter, on raconte sa vie sur Facebook… Internet est la bouée de sauvetage du confiné en mal d’interaction. Au point de s’en gaver, chaque jour, comme on se gave de chocolat.

Aversion ou habitudes ?

Alors, certes, la peur du coronavirus va peut-être créer de nouvelles habitudes chez celles et ceux qui connaissaient peu ce type d’échange. Instagram, Snapchat et autres vont peut-être gagner des utilisateurs, le temps du confinement. Mais il y a fort à parier que dans quelques semaines, on ressente tous une forte envie de se voir, de se parler, de se toucher. À cet instant, les médias sociaux seront arrivés en fin de mission, en bout de course. À nous les réunions amicales et les repas de famille, les embrassades et les verres qui tintent. Il pourrait bien y avoir un ras-le-bol du virtuel et un rejet des applications. Un véritable dégoût post-quarantaine. Après avoir fait des victimes parmi la population, le Covid-19 aura peut-être la peau des réseaux sociaux.

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