Abuser des séries affecterait notre perception du monde

Abuser des séries affecterait notre perception du monde

Avec la multiplication et la démocratisation des plateformes de vidéo à la demande telles que Netflix, le monde s'est découvert un nouveau sport : le binge-watching. Ce terme anglais désigne le fait d'enchaîner le visionnage d'épisodes d'une série ou de films jusqu'à l'overdose.

Si on sait que cela affecte notre productivité et notre vie sociale, on apprend désormais que notre perception du monde s'en trouverait elle aussi impactée.

C'est ce que nous révèle une étude menée par Mina Tsay-Vogel, professeure en communication à l'Université de Boston. En 2015, Tsay-Vogel et son équipe ont demandé à 366 étudiants, garçons et filles confondus, de visionner les cinq séries les plus populaires du moment : « Marco Polo », « Daredevil », « House of Cards », « Bloodline » et « The Unbreakable Kimmy Schmidt ». Suite à ce visionnage compulsif, les étudiants se voyaient présenter des affirmations qu'ils devaient noter de 1 à 7, permettant d'évaluer leur pourcentage d'adhésion à ces idées.

On trouvait ainsi des affirmations positives telles que "la plupart des gens ont bon cœur" ou encore "les gens sont honnêtes pour la plupart". Mais aussi des affirmations négatives telles que "la majorité des gens sont égoïstes" ou "s'ils en avaient l'opportunité, la plupart des gens abuseraient de moi". Ce questionnaire a alors permis aux chercheurs de mettre en évidence le lien entre binge-watching et vision négative du monde, qui était ainsi perçu par les étudiants comme effrayant et dangereux.

Ce mécanisme s'explique par le fait que les spectateurs assimilent le monde qu'ils voient à l'écran et qui peut être très violent, au monde réel. Mais aussi par le fait que les séries mettent en lumière les inégalités de notre société, subies notamment par les femmes et les personnes de couleur.

Visionner des séries n'est donc pas le passe-temps "détente" que l'on s'était imaginé. De temps en temps, apprenez à éteindre votre télé.

Par Carole Guidon

Publié le